Et si les chrétiens – réformés aussi!- retrouvaient une saine fierté?

Il y a quelques années déjà, il me fut demandé de donner un exposé à l’Assemblée de l’Eglise Protestante de Genève (6 octobre 2004). Le titre général était « Être Eglise aujourd’hui ». Il y a quelques jours, un ami réformé me fit part d’un article avec un titre interpellant: « C’est sur la fierté que l’on construit les nations ouvertes au monde » (Henri Guaino).

C’est sur la fierté que l’on construit les nations ouvertes au monde.

Henri Guaino

Au-delà de l’article et du média, ce titre me stimula à lui envoyer mon exposé qui contient une section importante consacrée précisément à une saine fierté à retrouver, notamment chez les chrétiens protestants (c’est à eux que je m’adressais dans cette conférence, je n’oublie pas les saines fiertés des catholiques ou des orthodoxes). Mon texte le toucha beaucoup. Même si plusieurs éléments sont datés (le pourcentage de protestants a encore diminué, la FEPS est devenue l’EERS…), cela m’a donné envie de revaloriser ce texte.

La conférence complète est disponible ici.

Voici la section de la conférence, après une méditation biblique, consacrée aux fiertés et aux fragilités.

1. Fiertés et fragilités

Nous avons l’habitude, dans l’Eglise réformée, de beaucoup regarder nos fragilités. Cela est une force réelle que de les reconnaître. Mais il nous arrive parfois, peut-être par une fausse humilité, voire par un orgueil sournois, de nous y complaire !

Or la grâce bannit l’orgueil et suscite la fierté !

La grâce bannit l’orgueil et suscite la fierté !

Fiertés

La première caractéristique de l’Eglise aujourd’hui devrait être une saine fierté.

Photo de Emma Bauso sur Pexels.com

1.1. En tant que membres de l’Eglise, nous ne nous confions pas en nous-mêmes –en notre avoir, notre savoir ou notre pouvoir- mais nous plaçons notre « gloire », notre identité profonde, en Jésus-Christ  (Philippiens 3/3). Le Christ est notre plus grande fierté. Sa naissance, sa vie, ses rencontres, son enseignement, ses guérisons, ses délivrances, son abandon, sa mort, sa résurrection, son élévation… sont des sources inépuisables d’inspiration. Plus que tout autre, Jésus de Nazareth a franchi les barrières que les hommes construisent entre eux. Il est allé vers les pauvres comme les riches, les exclus comme les puissants, les femmes comme les hommes, les enfants comme les adultes, les malades comme les bien-portants, les ‘dérangés’ comme les ‘bien rangés’, les non-juifs comme les juifs. Jésus est le plus grand traverseur de frontières que l’humanité ait connu. Le plus grand renverseur aussi du désordre établi. Et l’ampleur de sa grandeur réside dans la profondeur de son abaissement. Notre « titre de gloire » est dans la Croix du Christ (Galates 6/14), notre fierté est dans son humilité.

1.2. Par le Christ, nous mettons notre fierté en Dieu  (Romains 5/11). Grâce à Jésus, nous avons découvert que le Mystère le plus opaque de l’univers est Incarnation (Dieu est humain, les hommes sont inhumains), Réconciliation (Dieu est altération de ce qui en nous est aliénation) et Communion (Dieu est intimité dans l’altérité). Placer notre foi en Jésus-Christ, c’est accueillir par l’Esprit Saint une Présence qui élargit notre horizon à l’infini. C’est se laisser se transformer aussi par le principe le plus fondamental de non-exclusion d’autrui.

1.3. Par le Dieu de Jésus-Christ, nous mettons notre fierté dans cette « nuée de témoins » (Hébreux 12/1), ce peuple de Dieu, cette communauté de femmes et d’hommes appelés, transformés et envoyés par son Esprit. Oui, nous pouvons être fiers de tous ces témoins qui, à travers les siècles, nous ont transmis cette connaissance du Dieu vivant. « Grande est la fierté que j’ai de vous » disait Paul (cf. parmi d’autres textes 2 Corinthiens 7/4). L’Eglise , Corps du Christ, est dès lors aussi un sujet de fierté.

1.4. Par cette Communauté de chrétiens fidèles et infidèles, nous avons reçu la Bible, dont nous sommes fiers. Ces textes inspirés, d’une extraordinaire diversité, rendent témoignage à la Présence mystérieuse de Dieu à la source, au cœur et à l’achèvement de l’univers, à son engagement en faveur de tous les humains et du peuple juif en particulier, à sa venue en Christ et à son projet de tout réconcilier en lui, à sa proximité aimante et à sa distance critique à l’égard de nos comportements prodigieux et perturbés, beaux et tortueux, créatifs et destructeurs. La Bible est certainement le livre qui a le plus marqué l’Occident ; il est son trésor littéraire le plus précieux.

Dans une enquête récente en France, plus de 2000 personnes ont dévoilé quels étaient leurs livres préférés. La Bible arrive en première position, suivie par Les Misérables de Victor Hugo qui lui-même a affirmé : « Sachez que le livre le plus philosophique, le plus éternel, c’est l’Ecriture sainte. Donc, ensemencez les campagnes d’Evangiles, une Bible par cabane. »

Ainsi, en tant que protestants, nous partageons cette quadruple fierté –en Jésus, en Dieu, en l’Eglise et en la Bible- avec tous les autres chrétiens. 

Avec les autres chrétiens de ce pays nous pouvons être fiers ensemble de la Suisse, de ce que nos valeurs et engagements ont produit notamment comme constitutions et comme institutions (écoles, hôpitaux, services sociaux, etc.), comme convivialité et comme créativité. 

Mais en tant que protestants nous avons aussi nos sujets de fierté particuliers (comme les personnes d’autres Eglises ou traditions religieuses ont les leurs!).

1.5. Un des termes grecs du Nouveau Testament que nous traduisons par « fierté » est parrèsia. Son étymologie (pan, tout et rhèma, parole) signifie littéralement « liberté de tout dire », d’où « ouverture, franchise, courage, assurance »[1]. Les protestants, certainement plus que les autres chrétiens, ont défendu et promu cette liberté d’expression, non seulement à l’égard de la Bible, mais au sein de la société. De cette liberté de parole, pour nous comme pour d’autres, nous pouvons en être fiers ! La défense de la dignité humaine, des droits de l’homme et de la femme, s’est développée d’abord dans les pays anglo-saxons (Angleterre, Amérique du Nord) avant d’être revalorisée sur le Vieux Continent, en particulier lors de la Révolution française. Ainsi, les valeurs fondamentales que sont la liberté d’expression, la dignité humaine, l’égalité entre l’homme et la femme, le pluralisme, la démocratie, la recherche scientifique… ont été profondément nourris par le christianisme protestant. Par leur sens aigu de ces valeurs, ce sont les protestants qui ont été à l’avant-garde de l’œcuménisme et du dialogue interreligieux (j’y reviendrai).

1.6. Ce sont eux aussi qui ont permis une réelle prospérité économique, dont nous pouvons être fiers (avant d’en critiquer les dérives). Orientation de l’énergie humaine non vers l’au-delà pour gagner son salut –puisqu’il est offert par grâce et accueilli dans la foi- mais vers l’ici-bas pour transformer le monde ; valorisation des compétences de chacun –tous participent au ministère de prêtre, de prophète et de roi- organisation rationnelle du travail au sein de l’entreprise –et développée hors du foyer familial- scolarisation et  alphabétisation de tous –pour lire la Bible-, transmission des valeurs que sont la confiance, l’honnêteté, la gestion rationnelle, la frugalité… autant d’apports spécifiquement protestants ou dans lesquels ils ont excellé. Toutes ces contributions ont rendu les pays protestants parmi les plus prospères au monde[2].

1.7. Les protestants peuvent être fiers aussi de l’organisation de leurs Eglises. Les laïcs y sont associés à tous les niveaux de décision, les femmes y accèdent à tous les ministères, les structures s’adaptent aux changements à l’œuvre dans la société.

Fiers, nous pouvons l’être, et je le suis, de tant de laïcs et de ministres protestants remarquables, dévoués, généreux, compétents, avec qui nous cheminons ensemble de la naissance à la mort, nous soutenant mutuellement dans les bons et les mauvais jours.

Une transformation de l’Eglise et de la société ne peut commencer sans une transformation des mentalités. Alors qu’au 16ème siècle ce fut la redécouverte de « la justification par la foi » qui déclencha ce formidable élan de renouveau, on peut se demander si ce n’est pas la remise en valeur de « la fierté en Christ » qui régénérera durant ce siècle nos vies, nos communautés et nos sociétés.

Alors qu’au 16ème siècle ce fut la redécouverte de « la justification par la foi » qui déclencha ce formidable élan de renouveau, on peut se demander si ce n’est pas la remise en valeur de « la fierté en Christ » qui régénérera durant ce siècle nos vies, nos communautés et nos sociétés.

Fragilités

Si nous pouvons être fiers de la prospérité économique ainsi que des valeurs que sont la liberté et le pluralisme -promus avec d’autres que des protestants, bien évidemment- il nous faut bien reconnaître qu’elles ont engendré aussi une face sombre dans la société et dans l’Eglise qui doit être confrontée. 

A. Dans la société

1. La prospérité économique  liée au protestantisme – je le rappelle, la majorité des multinationales ont été créés dans des pays sociologiquement protestants et ce sont ces pays qui ont les PNB par habitant parmi les plus élevés au monde- a aussi ses limites et ses revers. L’acquisition de cette prospérité a eu deux conséquences majeures, parmi d’autres : d’une part un déplacement des « fiertés-assurances » et d’autre part une baisse de la démographie. 

1.1. L’acquisition de richesses matérielles a eu comme conséquence une perte de reconnaissance à l’égard des richesses spirituelles qui sont le fondement de l’Occident. 

Le chapitre 8 du livre du Deutéronome demeure d’une étonnante actualité.

« Garde-toi bien d’oublier le SEIGNEUR ton Dieu en ne gardant pas ses commandements, ses coutumes et ses lois que je te donne aujourd’hui. Si tu manges à satiété, si tu te construis de belles maisons pour y habiter… si tu as beaucoup d’argent et d’or, beaucoup de biens de toute sorte, ne va pas devenir orgueilleux et oublier le SEIGNEUR ton Dieu. (…) Ne va pas te dire : « C’est à la force du poignet que je suis arrivé à cette prospérité », mais souviens-toi que c’est le SEIGNEUR ton Dieu qui t’aura donné la force d’arriver à la prospérité, pour confirmer son alliance jurée à tes pères, comme il le fait aujourd’hui » (Deutéronome 8/11-14 ; 17-19). 

La reconnaissance communautaire à l’égard de Dieu a perdu de sa valeur. (Cela ne veut pas dire que les Suisses ne prient plus, bien au contraire. Selon différentes enquêtes, près de 40% des Suisses prient tous les jours et seuls 10% disent ne jamais prier). Il est à souligner qu’une partie importante des richesses matérielles a été gérée de manière très solidaire (assurance maladie, AVS, assurance chômage, depuis peu assurance maternité, impôts divers pour financer les nombreux services de l’Etat…). Mais cette gestion remarquable a eu comme tendance à faire oublier le fondement qu’est l’assurance placée en Dieu, seule assurance à résister à toutes les épreuves et bouleversements.

1.2. Outre l’amnésie à l’égard de Dieu et de l’apport des Eglises, la prospérité a eu comme conséquence une baisse de fécondité. La sécurité que représente une famille nombreuse a été remplacée par d’autres priorités : épanouissement personnel par son travail et par ses loisirs, épargne, etc. La baisse démographique des protestants en Suisse est significative. Et aucune réforme interne aux structures de l’Eglise, aussi pertinente soit-elle, ne peut contrecarrer ce mouvement. En 1850, 60% de la population suisse se disait protestante ; en 1960, un peu plus de 50%, en 1990, 40%, en 2000, 33%… Un habitant sur trois. A moins que les protestants décident d’engendrer plus d’enfants, ou qu’ils soient incités -par leurs autorités d’Eglise ?- à en faire, cette baisse continuera à avoir lieu. La population protestante vieillira quelles que soient les restructurations de nos communautés. Prospérité matérielle et vitalité démographique semblent antinomiques. Ce surplus de richesses économiques et ce manque de renouvellement en forces vives a eu comme conséquence la venue chez nous de populations plus pauvres et plus prolifiques (d’abord des Italiens, des Espagnols et des Portugais catholiques ; aujourd’hui des Serbes, Croates, Bosniaques, Turcs, Arabes, Africains, Tamouls, Vietnamiens…, en majorité musulmans, mais aussi orthodoxes –ou d’autres confessions chrétiennes- hindous ou bouddhistes.

1.3. Or aujourd’hui, cette prospérité économique acquise de manière laborieuse (le plus souvent par un travail acharné, et parfois par des exploitations qui doivent être critiquées) est aujourd’hui ébranlée. Pour des raisons internes (poids des assurances et des impôts ; baisse démographique, perte de solidarité) mais aussi externes (concurrence féroce entre entreprises sur le plan occidental et mondial). 

Or cette prospérité ébranlée influence fortement la vie de la société et des Eglises.

En effet, pour protéger et valoriser les acquis, un discours dominant consiste à vouloir dynamiser les entreprises –qui produisent- et les ménages –qui consomment- en baissant la fiscalité. Il s’ensuit un affaiblissement de l’Etat social avec tous les soubresauts qui l’accompagnent (réactions dans le corps médical, enseignant, social… ne pouvant faire autant, voire plus avec moins, et réactions chez les bénéficiaires qui voient les prestations diminuer).

Très concrètement, les Eglises réformées liées à l’Etat subissent frontalement ce même choc et voient diminuer le nombre de postes ministériels financés par l’argent public. 

Les pressions sur les entreprises –devant être encore plus concurrentielles- génèrent aussi une fatigue et une tension dont les conséquences affectent directement la vie des Eglises (moins de disponibilité, besoin de plus de repos le week-end…).

2. Les protestants défendent la valeur du pluralisme. D’autant plus, il faut l’avouer, depuis qu’ils ne sont plus majoritaires. (En terre vaudoise, les protestants sont passés de 96% de la population en 1850 à 40% -dont 2,2% d’évangéliques- en l’an 2000. Leurs principaux partenaires/rivaux sont les catholiques (34%), les sans appartenance (14%), les musulmans (4%), les orthodoxes (1,6%)…). Ce sont les protestants qui –au 20ème siècle- ont le plus œuvré pour l’œcuménisme et le dialogue interreligieux. Et comme dit précédemment, c’est un sujet de fierté. Mais ces sujets de fierté se heurtent à de réelles difficultés.

Le modèle protestant de l’œcuménisme –une Fédération d’Eglises indépendantes qui se reconnaissent- se heurte à d’autres modèles, notamment au catholique –une Communion par une reconnaissance des ministères, en particulier celui du pape et des ministères épiscopaux. Comme la réformation interne à l’Eglise catholique souhaitée par les protestants tarde à se faire –autorités d’Eglise bien trop masculines et hiérarchiques- et que celle des Eglises protestantes souhaitée par les catholiques ne tend pas à se faire –refus de reconnaître un ministère « épiscopal » là où il n’existe pas… et là où il existe !- l’œcuménisme semble bloqué. Dans les faits et sur le terrain, de nombreuses collaborations existent, grâce à Dieu et à la soif d’unité de très nombreux chrétiens de toute confessions.

Le modèle protestant du dialogue interreligieux –varié, il est vrai, allant de l’exclusivisme des plus fondamentalistes au relativisme des plus libéraux- se heurte à de nouveaux défis. L’acceptation nécessaire de la pluralité des communautés religieuses tend à se confondre avec l’acceptation indifférente du relativisme des doctrines et des expériences. Or les enseignements des différentes communautés, même s’ils contiennent tous des trésors précieux pour les autres, ne se valent pas. Non seulement sur le plan théologique –ouverture/fermeture au Dieu de Jésus-Christ- mais aussi sur le plan axiologique –qualité/hiérarchie des valeurs. Plusieurs communautés religieuses véhiculent des compréhensions de la liberté, de la femme et de l’homme, du pluralisme, du respect de l’autre qui sont incompatibles avec celles de l’Evangile. 

Le pluralisme protestant se heurte dès lors aux « pluralismes » de groupes religieux qui en profitent mais n’en partagent ni les fondements ni les finalités. La question qui se pose aux chrétiens protestants est la suivante : jusqu’où leur pluralisme peut-il faire de la place à un autre pluralisme qui nie ses propres valeurs et objectifs ?

3. Les protestants défendent la valeur de la liberté. Or cette liberté –sur le plan économique, politique, sexuel, culturel, religieux…- n’a de sens positif que si elle est orientée par Dieu, c’est-à-dire par l’horizon du respect de l’autre et du bien commun. Un politologue, James Kurth, a défini la mondialisation comme étant un « protestantisme sans Dieu » ( !). Comme pour mettre en évidence, précisément que la liberté actuelle qui règne sur le plan du commerce international, est celle du loup dans la bergerie… Vaste défi pour les protestants que de promouvoir une forme de mondialisation comme « protestantisme avec Dieu », ou mieux au service de Dieu, donc de tous les humains et de la création.

La liberté protestante a favorisé l’individualisation du croire (qui n’est pas forcément un individualisme du croire). Bricolages doctrinaux, utilisation des services des Eglises sans s’impliquer soi-même, prise de distance face aux contraintes liées à une vie communautaire… tout cela affecte aussi nos relations entre nous, et avec les autres.

Ainsi, la prospérité économique menacée, la non-reconnaissance communautaire de Dieu, la baisse démographique, l’affaiblissement de l’Etat social (qui dans la plupart des cantons de Suisse finance encore les Eglises réformée et catholique), le relativisme ambiant et l’individualisation du croire sont des défis majeurs qui interpellent de l’extérieur nos communautés. A la fierté chrétienne et protestante, il faut donc allier les fragilités de notre société, fragilités sécrétées en partie par le protestantisme. 

Sans oublier bien sûr les fragilités à l’intérieur du protestantisme lui-même !

B. Dans l’Eglise protestante

1. La juste fierté protestante est comme rongée par un sentiment de non-reconnaissance  injuste face au travail colossal qui a été fourni. Et c’est précisément parce que j’entends tant de collègues usés par le découragement (difficultés à rassembler le dimanche matin, à trouver des bénévoles, à assurer le catéchisme…) ou une tâche inhumaine (disponibilités demandées au-delà des forces…) que j’ai eu envie de formuler cette réflexion.

2. Le pluralisme doctrinal et éthique  est extrême au sein de nos Eglises, probablement plus marqué que dans n’importe quelle autre Eglise chrétienne ou Communauté religieuse du monde ! En notre sein nous avons de plus en plus de théologies, d’éthiques, de spiritualités, d’ecclésiologies, de problèmes et de…solutions! Et de moins en moins de protestants, de ministres, de laïcs disponibles, de baptêmes… Les réformes dans lesquelles sont entrées nos Eglises réformées sont avant tout des changements de structures. Volonté d’avoir plus de paroisses regroupées, de collaborations régionales, de ministres spécialisés, de créativité et … de proximité ! Dans les faits, cela signifie plus de contraintes pour les ministres paroissiaux (les services funèbres ne diminuent guère et ne peuvent être refusés…) qui avec moins, sont censés faire mieux ! Ce qui est un vœu pieux, pour ne pas dire une duperie, voire une supercherie.

3. Aux fragilités institutionnelles du protestantisme s’ajoutent nos propres fragilités personnelles. Toutes les crises nous sont familières : maladies, deuils, divorces, conflits, jalousies… et celles-ci nous poussent parfois au désespoir.

Fiertés et fragilités. Nous aimerions les premières sans les dernières. L’apôtre Paul a toujours lié les deux. 

« Le Seigneur m’a déclaré : « Ma grâce te suffit ; ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. » Aussi mettrai-je mon orgueil bien plutôt dans mes faiblesses afin que repose sur moi la puissance du Christ. » (2 Corinthiens 12/9).

Etre Eglise aujourd’hui, c’est retrouver au cœur de nos nombreuses fragilités –externes et internes- une saine fierté qui peut les transfigurer : fierté en particulier dans le Dieu de Jésus-Christ, la Bible et la Communauté multicolore qui en vit. 

Fin de l’extrait.

La conférence continue en développant d’autres binômes: 2. Communion et désintégration. 3. Finitude et festivité. 4. Différenciation et communauté. 5. Correspondance et vivification. Texte complet.

Alors oui! C’est aussi sur une saine fierté que l’on construit des Eglises ouvertes au monde!

Note du 20 février 2021. Plusieurs des thèmes abordés dans cette conférence ont été développés plus en détail dans mes livres. Pour une présentation générale de l’ensemble de mes livres, cf. cet article sur mon blog intitulé Réussir sa vie?.


[1] Cf. Xavier Léon-Dufour dans son Dictionnaire du Nouveau Testament.

[2] Cf. Xavier Couplet et Daniel Heuchenne, Religions et développement, Paris, Economica, 1998.

Un commentaire sur “Et si les chrétiens – réformés aussi!- retrouvaient une saine fierté?

Ajouter un commentaire

  1. Cher Shafique,
    J’ai lu avec intéret ton article et la première partie sur la fierté du chrétien protestant m’a beaucoup interpelée.
    J’ai lu ensuite la seconde partie concernant les fragilités. Elle m’a laissée une certaine tristesse car c’est vrai, ces fragilités sont là et je connais la plupart entre elle depuis longtemps. Par exemple j’aimais bien vivre dans ma paroisse quand on avait un pasteur et qu’il prêchait dimanche après dimanche avec un suivi des thèmes. Maintenant je dois d’abord chercher dans « réformés » ou 24 heures pour savoir s’il y a un culte et si oui où. Cela est juste un exemple mais j’adhère à beaucoup d’autres constats que tu énumères dans ces lignes qui concernent les fragilités de l’église protestante.
    J’ai donc relu la première partie: fiers d’être chrétiens protestants. J’ai de la peine à me reconnaître dans cette fierté. Quel est le contraire d’être fier de? je dirais être honteux de.
    Exemple, si j’ai de beaux géraniums devant ma fenêtre je peux en être fière mais je ne suis pas honteuse parce que je n’en ai point ou parce que ls sont pas très beaux.
    C’est difficile à expliquer, mais je n’ai jamais eu de la fierté pour mon appartenance à un pays, un genre ou une religion, ni pour ma foi car souvent elle est chancelante.Je suis née suisse, bernoise de surcroit, canton profondément protestant en tout cas quand j’ai été jeune. Mes parents m’ont toujours appris à être reconnaissante et respectueuse.
    Maintenant pour la fierté d’être protestante et chrétienne. J’y tiens, absolument, fermement, je dirais même envers et contre tout. Mais mon sentiment est l’amour. J’aime cette église, j’aime le protestantisme, c’est pour moi la seule manière de vivre ma chrétienté. Les deux m’ont été donnés parce que j’ai eu la chance d’avoir été élevé dans ces valeurs, d’être née dedans. Mais aussi parce que mon pasteur de jeunesse m’a dit: aimons le, car il nous a aimé le premier.

    Tout ce que je t’écris ici n’est pas très théologique, je m’en rends compte, mais si je lis encore toutes les fragilités que tu énumères et qui me laissent triste, je peux seulement répondre avec l’amour qui me lie au Christ et la certitude qu’il nous aime. Donc j’y crois, à cet amour, même si je suis plutôt reconnaissante que fière, et je sais qu’il nous a aimé en premier, nous resterons donc son église.

    Mais merci pour les gens comme toi, qui sont théologiens et qui font ces réflexions si nécessaires pour nous, notre église et le christianisme, merci cher Shafique.

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